Quand le lion rugit !

Quand le lion rugit
Les plus faibles se terrent
Ils restent dans l’herbe tapis
De peur qu’il ne les repère
Le moindre mouvement
Le moindre bruit
Et d’un seul élan
Perdraient la vie.
Respiration retenue
Face au vent contraire
La chasseresse à l’affût
Espère sa proie coutumière ;
Pas le temps d’être difficile
Ni de faire la fine gueule
Déjà qu’elle n’est plus très agile
Le temps faisant son œuvre.
Le fauve s’impatiente
Car la faim le tenaille
Souhaitant qu’un peu de viande
Lui serve de ripaille ;
Plusieurs jours de passé
Depuis le dernier repas
Depuis lors, rien à signaler
Même aucun encas.
L’échine qui se dresse
S’excitant l’odorat
Tous ses sens en alerte
Bientôt sonnera le glas ;
Pour un daim où un cerf
Même n’importe quoi
Pourvu que dans l’heure
S’apaise son estomac
Un pas, encore un petit pas
Continuant à se fondre
Dans les hautes tiges blondes
Rampant à l’ombre, bientôt un trépas ;
Car elles sont autour
Ses proies, ses amours
Un peu de patience
Viendra bientôt la récompense.
Au bord de la rivière
Un troupeau se désaltère
Invitante occasion
De remplir sa mission ;
Pas facile, à première vue
Faudra choisir sans être vu
La plus fragile, la plus docile
La plus grâce, la moins mobile.
Soudain il la voit, c’est celle-là !
Une vieille gazelle
Malade de surcroît
C’est elle qui aura droit,
Au baiser mortel.
Jaugeant la distance
Calculant ses pas
Pour ne pas rater
Sa pitance de roi ;
La prudence est de mise
Même pour les prédateurs
Existe la peur
L’homme ! Sa hantise.
Mais la faim
Justifiant la fin
D’un seul bond félin
Elle s’empare du festin ;
À la gorge, la saisit
Abrégeant ses souffrances
D’un coup de griffes
Sur le champ l’éventre.
Elle emporte sa prise
À l’abri des convoitises
La table est mise
Commence sa boucherie ;
Le ventre plein
Des kilos en trop
Elle s’en retourne au repère
Mais reviendra bientôt !

Jean-Maurice Chaput
(Cocolico) août 2002