Mon père!
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Tu rentrais souvent à la maison
Dans des états qui n’avaient pas raison
Laissant libre cours à tes colères.
Pour un rien, pour une chanson
On entendait tes cris et tes jurons
Pendant ce temps ma mère.
Pleurait souvent dans le salon
En se berçant dans ses illusions
Qui a vu mon père.
Livrer passion à la boisson
Nous maudissant comme du poison
Était-on la cause première?
De son état, de sa dépression
L’argent en était souvent la raison
Nous on était pourtant innocents.
On se terrait sous les couvertures
On ne comprenait rien à tes aventures
Ni à vos crises de nerfs.
Le jour tu faisais comme si de rien n’était
Tu déjeunais et tu partais, tu disais que tu nous aimais
Toujours maman pleurait.
Tu n’étais pas vraiment méchant, ni violent
Avec nous rien n’y paraissait, tu faisais semblant de rien
Puis tu t’en allais.
Tu revenais souvent au petit matin
Te déplaçant sans faire de bruit, les souliers dans les mains
Nous on restait tapi dans notre lit.
On priait pour que tout soit tranquille, des fois ça marchait
Tu te couchais et rien n’arrivait
On était content, on pouvait se rendormir.
Quand on est petit, on ne comprend pas
Personne pour nous expliquer le pourquoi
Nos questions restaient sans réponse.
Puis quand on vieillit on ne comprend toujours pas
Ni le comment ni le pourquoi
Des réponses il n’y en a pas.
La faute à l’un, la faute à l’autre
À fuir les réponses, à fuir son mea-culpa
Alourdir ses épaules.
Papa n’aimait pas que toi, cela tu ne l’acceptais pas
On l’a compris un peu plus tard
Il ne pouvait s’en défaire.
On a continué à grandir ainsi, dans une famille désunie
Réussissant à vieillir sans peine, malgré nos rêves endormis
Faudra bien réussir sa vie.
Maintenant que l’on est grand, on doit rebâtir
Sur un modèle bien fragile qu’il nous faudra reproduire
Sans les mauvais plis.
Quand deux êtres s’aiment ils ne voient dans l’avenir
Que des projets sans problème, sans coup périr
Mais arrivent parfois.
Des moments moins drôles où il faut faire face à ses angoisses
Affronter ses peurs, briser la glace
Le doute aura sa place.
Dans ce cas, si c’est chacun pour soi, l’amour ne tiendra pas
Cela brisera le cœur, laissera des traces
De celui qui croyait.
En la force et au courage de celui qui tendait la main
Quand survient l’orage qui brisera son image
Dans les pires lendemains.
Ne fuyez pas vainement dans l’enfer de la boisson
L’alcool et la drogue ne seront jamais une solution
Restera toujours l’amour.
L’amour et la passion dans ce qu’on croyait pour vrai
L’amour est la raison de ce qu’on espérait
L’amour aura raison des peines et des regrets.
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Jean-Maurice Chaput
(Cocolico) décembre 2002