Au bout de mes
forces
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J’ai été
Au bout de mes forces
Monté à genoux
Les parois du refus ;
Me suis accroché
Aux espoirs de toutes sortes,
J’aurais tant voulu
T’aimer encore plus.
Au bout du chemin
J’ai bombé le torse,
L’espoir fut en vain
J’ai fait tout ce que j’ai pu ;
Pour te garder
J’aurais défoncé les portes,
Celles du paradis
Ou des anges déchus.
J’avais pourtant vu en toi
L’éternelle romance,
À trop exiger
Le mal nous étreint ;
Et entre ses bras
La douleur est souffrance,
À mes cris d’adieux
Ta voix qui s’éteint.
J’ai rampé vers toi
À m’arracher les doigts
Dans les sillons de sang
Creusé des chemins de croix ;
Du bout de mes ongles
En ai usé la boisure,
Dans ces vasques profondes
Se noiera ma souillure.
Je ne voudrais jamais plus
Embrasser sa froidure,
J’ai trop mal aimé,
Mais pour la dernière fois ;
A cause d’elle
N’ai connu qu’amertume
Entre le ciel et son fiel
Avais-je le choix ?
Comme un fou j’ai couru
À travers les ronces
Me suis écorché
Le cœur et les os ;
Couru sans jamais
Perdre une seconde,
J’ai tout risqué
Pour la sortir de ma peau.
Pour elle j’ai crayonné
De folles arabesques
En imaginant
Son retour prochain,
Sur la toile imagée
Vêtue de pauvres fresques,
Un homme affublé
D’un amour sans dessein.
J’ai même été
Jusqu’à boire à ses mensonges
Sa seule vérité
Faisait force de loi ;
Moi qui ne croyais
Qu’en la beauté des songes
À mon réveil,
Cruel fut le désarroi.
Je n’étais plus
La source qui l’inonde,
Je n’étais rien de plus
Qu’un aventurier perdu ;
La vérité connue
Au visage est immonde,
Puisqu’elle vous tue
Quand le cœur est perdu.
Du haut de ma démesure
Je me suis enfin
Délivré de toi ;
Regarde bien
Voici toute ma déchirure,
Puissent mes ailes
M’emporter loin de toi.
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Jean-Maurice Chaput
(Cocolico) novembre 2003