Quand l’amour fait défaut
Quand l’amour fait défaut
Dans les gestes ou dans les mots,
Lorsque le peu que l’on arrive à se dire
N’est souvent que paroles de trop;
Quand la passion en soi chavire
Et que s’écroule le château,
Lorsque l’amour n’est plus désir
Quand se meurt le flambeau.
Lorsque le temps est aux soupirs
Et que se retient celui des sanglots,
Quand on arrive plus à sourire
Même quand le ciel est au plus beau;
Lorsque le cœur en fait délire
Sous cette cage, dans ce tombeau,
Lorsqu’il peine à se suffire
Et se brise en mil morceaux.
Lorsque l’amour vient à trahir
Celui par qui il fut donné,
Et que la pierre vient alourdir
Ce cœur fragile qui a aimé;
Quand on arrive plus à dormir
Et que foisonnent de drôles d’idées,
Comme une envie folle de mourir
Simplement ne plus exister.
Lorsque l’amour se fait lourd
De ces secrets qu’il faut garder,
Et que s’effacent tour à tour
Les belles promesses énoncées;
Quand le dialogue coupe au plus court
Mais le silence trop agité,
Quand se finissent les beaux discours
Mais que commencent les insanités.
Quand l’amour fait défaut
Malgré les gestes, malgré les mots
Lorsqu’il devient par habitude
Aussi léger que le fardeau;
Quand la raison n’est plus lucide
Et que s’embrouille le cerveau,
Quand plus rien n’est certitude
Quand la rose ne veut plus du pot.
Lorsque la fleur se sent vannée
D’être la seule à toujours souffrir
Alors son cœur si souvent blessé
Ne voudra plus jamais s’ouvrir;
Et du soleil restera cachée
Pour ne plus avoir à rougir,
Trop de larmes furent par elle versées
À quoi bon les faire rejaillir.
Quand l’amour n’est plus que misère
Quand l’espoir n’est plus qu’un sanglot
Quand s’étouffe la jolie musique
Quand le rire n’est plus rigolo.
Quand l’accord devient sans manière
Quand se pointe le nez du chaos
Quand le deuil devient pathétique
Quand se donne le dernier KO.
Quand l’amour fait défaut
Ni les gestes, ni les mots
N’arriveront à suffire
Au cœur qui se sent gros;
Quand plus rien n’est pire
Que le silence du complot
Au meilleur, il faut partir
Dire adieu, à son credo.
Jean-Maurice Chaput
(Cocolico) novembre 2004