À toi pour toujours
Très chère
amie,
J’ai reçu votre lettre ce matin et la nouvelle de votre venue prochaine me
réjouit. Nous correspondons depuis tant d’années, pouvoir enfin vous serrer la
main et entendre votre voix sera l’apogée de nos échanges. J’ai beaucoup pensé à
ce jour, et de savoir que c’est pour bientôt, me rends nerveux. J’ai réalisé que
jamais nous n’avons échangé de photographies de nous même. On ne peut que se
demander, chacun son côté, à quoi peu bien ressembler l’autre. Bien sûr, nous
nous sommes décrits et l’autre s’est fait une idée, l’a visualisé, mais la
réalité est souvent bien différente. J’espère que vous ne serez pas trop déçue
par mon apparence réelle. Je vous promets un séjour agréable et bien rempli. En
effet, nous irons visiter plusieurs de ces endroits que je vous ai décrits dans
mes lettres et vous pourrez, ainsi, mieux les apprécier. Je me sens comme un
enfant à qui on a promis une récompense et qui va enfin la recevoir. Tenez moi
au courant du jour et de l’heure exacts de votre arrivée, j’irai vous prendre à
l’aéroport.
Votre dévoué serviteur, Léon
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Cher Léon,
Moi aussi je me sens nerveuse à l’idée que nous allons enfin nous rencontrer.
Vous avez raison, une description physique est très relative. Je suis certaine
que vous vous êtes fait une idée à mon sujet et quoique j’aie tenté de me
décrire le plus précisément possible, votre imagination a fait le reste du
travail. Quoiqu’il en soit, c’est celui et celle qui transparaît dans nos
échanges qui sont important. J’ai toujours vu en vous un être sensible et
intelligent, généreux et altruiste. L’imagination n’a pas vraiment d’importance
ici, car nos personnalités ne changeront pas. Rassurez-vous, nous ne serons pas
déçus. J’arriverai à l’aéroport samedi en huit, vers 9 h 10 du matin. Pour nous
reconnaître, que diriez-vous si nous convenions de porter un objet de la même
couleur? Je pourrais porter une écharpe orange ou une fleur blanche et vous
porteriez une cravate blanche ou un chapeau orange. Dites-moi ce que vous en
pensez et si vous avez une meilleure suggestion, n’hésitez pas à me la faire
connaître.
Amitiés sincères, Justine
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Ma douce amie,
Cette idée de porter quelque chose pour mieux nous repérer est géniale! Je n’y
avais pas pensé et nous en avons bien besoin. La fleur blanche et la cravate
identique me conviennent parfaitement. J’ai d’ailleurs une cravate blanche que
j’ai reçu en cadeau, il y a bien longtemps, et que je n’avais pas eu l’occasion
de porter. Je pense que la circonstance sera idéale. Dans un autre ordre
d’idées, dois-je prendre des dispositions particulières pour la durée de votre
séjour? Par exemple, souffrez-vous d’allergies ou d’une autre condition médicale
pour laquelle je dois être prêt en cas de nécessité? Je ne voudrais pas qu’il y
ait de votre côté des inquiétudes à savoir si je pourrai vous aider en cas de
besoin.
À très bientôt, Léon
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Cher ami Léon,
Vous faites preuve encore une fois de bonté et de générosité. Soyez rassuré, je
n’ai pas de condition médicale et tout ira pour le mieux. C’est notre dernière
lettre avant mon départ et depuis quelques jours, l’excitation me gagne et j’ai
le sommeil léger. J’anticipe notre prochain échange avec grand plaisir.
À samedi, Justine
Samedi arrive enfin et Léon attend Justine avec impatience. Près de la porte
numéro 12, arrivent les premiers passagers du vol 456, en provenance de
Vancouver. Léon regarde toutes les femmes et cherche une fleur blanche, les
derniers passagers se présentent et là, tout au bout de la file, il la voit!
Elle porte une rose blanche et elle est encore plus belle que tout ce qu’il
avait imaginé à partir de la description qu’elle lui avait faite d’elle-même.
Ses cheveux courts sont de la même couleur que la fleur qu’elle porte et son
sourire est radieux. Elle est de taille moyenne et présente une silhouette
parfaite. Il pense qu’elle doit vraiment faire attention à sa santé pour être
aussi séduisante.
De son côté, Justine repère Léon avec sa cravate blanche et l’examine : il est
grand, les cheveux clairsemés, en fait on dirait plus une couronne de cheveux
blancs. Son visage est celui d’un homme qui a fait la paix avec sa vie et avec
lui-même. Elle le trouve très attirant. Son voyage semble bien débuter.
Léon habite un appartement spacieux et décoré avec soin. Justine se sent bien
dans cette atmosphère invitante et chaleureuse. La chambre que Léon lui a
préparée est grande et douillette. La vue sur le fleuve St-Laurent est
magnifique et sortant sur le balcon, elle prend une photo du point de vue où
elle se trouve. Elle a bien hâte de voir les endroits dont Léon lui a parlé dans
ses lettres. Pour l’heure, ils vont se faire un repas léger qu’ils dégusteront
devant le foyer du salon.
Ils ont discuté tout l’après-midi de ce qu’ils vont faire le lendemain. Ils
conviennent qu’une visite au Jardin Botanique commencera en douceur et en beauté
le séjour de Justine. D’ailleurs, les expositions sont superbes et en ce moment,
il y a l’exposition « Papillons en Liberté » qui vous permet de voir voler les
papillons autour de vous et se poser sur les plantes qu’ils favorisent, ainsi
que de l’information sur les différentes variétés qui existent. On peut même,
parfois, en voir un qui se pose sur votre bras ou votre épaule et qui se laisse
promener sans bouger. Il y a aussi les serres où s’épanouissent des plantes
locales, exotiques et aussi des bonsaïs. Certains ont plusieurs siècles. Pour
finir la journée, une visite à l’Insectarium. On peut admirer divers spécimens
d’insectes, certains vivants et d’autres épinglés dans des boites. Léon pense
que Justine sera impressionnée par les insectes branches et les scorpions
vivants. Il aimerait lui faire voir la maison de l’arbre mais ce sera pour un
autre jour.
Justine est émerveillée par toute la beauté qu’elle découvre à Montréal. Le
Jardin Botanique a été une vraie joie, l’Insectarium un monde de découverte et
le Musée des beaux arts tout à fait époustouflant. Elle a particulièrement
apprécié la collection des dessins et estampes. Ils ont aussi fait du shopping
aux Promenades de la Cathédrale.
Aujourd’hui, ils ont décidé de se reposer. Demain, ils iront voir la Maison de
l’Arbre où se déroule présentement l’exposition « Vert Tendre » axée sur les
plantes indigènes du Canada.
Léon et Justine ont passé de merveilleux moments ensembles. Entre les
expositions, les pièces de théâtre, le cinéma, les magasins d’antiquités et les
promenades au parc, ce séjour de quatre semaines les a rapproché. Léon a, depuis
quelques temps, une idée qui lui trotte dans la tête mais il n’ose pas en parler
à Justine. Il craint qu’elle ne le prenne pour un fou et de perdre cette belle
amitié.
Ils ont continué de s’écrire et de partager leurs intérêts et leurs joies sur le
papier. Déjà 6 mois que Justine est retournée chez-elle, à Vancouver. Léon songe
toujours à cette idée qui est née lors de leur première rencontre. Afin de
mettre son projet à exécution, il prépare un voyage dans l’ouest. Pour garder
l’effet de surprise, il fait parvenir un télégramme à Justine qui doit lui être
livré seulement après que son avion ait décollé.
À son arrivée à l’aéroport, il prend un taxi et se dirige vers la demeure de
Justine. Mais il se frappe à une porte fermée. Une petite note dans la fenêtre
dirige les visiteurs vers une autre adresse. Il reprend un taxi et se rend à
l’adresse en question.
Son sang se glace lorsqu’il constate où il est. C’est une résidence funéraire,
il prie le ciel pour que ses craintes ne soient pas justifiées. Hélas, on lui
fait savoir que c’est Justine qui repose en paix après un long combat contre la
leucémie. Comment est-ce possible? Elle n’a rien dit lors de sa visite et elle
ne semblait pas malade! Non, c’est un cauchemar, il va se réveiller et tout sera
comme avant… Pourquoi n’a-t-elle rien dit? Les larmes coulent sur ses joues, il
pleure son amour perdu. Une femme vient vers lui, elle croit le reconnaître. Le
télégramme a été livré il y a à peine une heure. Il lui confirme être Léon, le
correspondant de Justine. Doucement, elle lui explique que leur amie lui avait
beaucoup parlé de lui et qu’elle avait refusé de dévoiler son secret pour ne pas
le faire souffrir. Ce voyage à Montréal, elle l’a fait pour avoir de merveilleux
souvenirs à emporter avec elle vers un lieu où la souffrance n’a pas de place et
est remplacée par un bien-être incomparable. Elle voulait garder une image de
Léon souriant, heureux et elle voulait qu’il garde la même image d’elle. En
fait, elle savait déjà que le combat était terminé lorsqu’elle est allée le
visiter. Sa dernière période de rémission avait été de courte durée et les
médecins lui avaient dit que si le cancer revenait, il n’y aurait plus rien à
faire. Elle avait juste assez de temps pour ne pas montrer de signes de la
maladie qui la minait et avait profité de cet épisode pour rencontrer cet homme
qui l’avait rendu si heureuse pendant toutes ces années de combat. Peu de temps
après son retour, elle avait de nouveau ressenti les symptômes de la maladie. À
cette femme qui s’avère sa meilleure amie, elle a confié une dernière lettre
pour Léon. Elle avait pour instruction de la poster au lendemain des
funérailles. Elle prit la lettre dans son sac et la remis à Léon.
Plusieurs semaines ont passé, l’anneau d’or qu’il avait acheté, et qu’il avait
espéré passer au doigt de sa bien-aimée, a été retourné. Léon a beaucoup hésité
avant d’ouvrir la dernière lettre de Justine. Comme si, ce faisant, cela serait
la fin de son monde. Enfin, les mots coulent empreints de douceur et de
tendresse sur les pages de sa dernière lettre. Léon pleure, mais cette fois, les
larmes qui coulent sont l’expression de la joie qui envahit son cœur. Elle lui
demande pardon pour avoir fait des cachotteries et lui déclare son amour. Mais
pour Léon, ce sont les derniers mots qui comptent le plus : « Mon très cher
amour, je te dis à bientôt. Surtout ne te presse pas. Tu as tant de choses à
faire encore. Je t’attendrai, là-bas. Quand tu arriveras enfin, mes bras
s’ouvriront pour t’accueillir et pour t’envelopper de mon amour, afin que nous
soyons réunis dans l’éternité. À toi pour toujours, Justine. »
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Pour que la créativité s'exprime
Les mots j'utiliserai
Via la prose et parfois les rimes
Pour vous j'écrirai
texte de Rachel